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« Le beau est donné – outre que par une proportion juste et par la luminosité ou clarté – par l’intégrité, de sorte qu’une chose (fût-ce un corps humain, un arbre ou un vase) doit montrer l’ensemble des caractéristiques que sa forme doit avoir imposées à la matière. » Saint Thomas d’Aquin , Summa Teologica 1,39,8
Angkor

INSTALLATION : 2003 - Létty
TECHNIQUES : Sculpture bois peinture rouge et maquettes - matériaux divers
LIEU: Cambodge/lac Tonle Sap - France/Golfe du Morbihan


Les éléments présentés dans cette séquence sont issus d’une expérience singulière : la participation à deux missions archéologiques successives à Angkor au Cambodge en 2001 et 2002 sous la direction d’un professeur de l’Ecole supérieure d’Architecture de Nantes, Jacques Gaucher.
Mon travail sur place consistait à effectuer des relevés à une échelle urbaine (3 km²) au sein de la ville d’Angkor Thom (8e–12e siècle), actuellement recouverte en quasi-totalité d’une épaisse forêt. Ce relevé topographique ou micro-topographique avait pour but de déceler les traces d’un urbanisme recouvert de plusieurs mètres d’humus compacté.

Le sol de la forêt, d’abord illisible, s’est peu à peu mué en une multitude d’indices révélant l’organisation et l’histoire du lieu. Parallèlement à ce travail, j’ai effectué des relevés de la campagne actuelle environnant Angkor Thom afin de mieux comprendre une partie de ce qui aurait pu être le fonctionnement de la ville ainsi que son organisation humaine, architecturale et végétale. Le paysage devenait ainsi le médium qui permettait d’interpréter, de révéler une architecture et un urbanisme non-visibles.

C’est au retour de ces voyages, après que le temps a instauré une certaine distance entre mes expériences et les traces laissées, que des thèmes récurrents me sont apparus en filigranes et ont trouvé place dans des recherches artistiques.

Le carnet de croquis de cette expérience cambodgienne n’a jamais été façonné dans l’optique d’une utilisation future; il a été tenu naturellement au hasard des rencontres et des expériences vécues. Il prend tout son sens comme support d’une collecte sensible inspirant la création technique et esthétique : la vibration visuelle des canisses, des tressages, des pilotis, le basculement des matériaux enchevêtrés des maisons, les étals de fruits, le découpage du paysage par les ombres brutales, l’ancrage au sol pointilliste pour s’isoler des crues, l’éphémère des matériaux face à la mousson, la couleur vivante des façades...

Cette collecte, mêlée à une distanciation temporelle, m’a amené à effectuer un travail de réinterprétation et d’expérimentation formelle. Plusieurs maquettes ont été réalisées avec comme dessein la recherche d’un volume qui se suffit à lui-même, qui se laisse interpréter au gré de la psyché du spectateur. Cette démarche induit que ces inspirations lointaines vont au-delà d’une différence culturelle et géographique.