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« L’espace du paysage exclut toute référence topographique ou historique. Il est sans coordonnées ni repères. Pour se trouver en lui il faut être perdu. » Henry Maldiney,
Ouvrir le rien, l’art nu.

La traversée d’un horizon

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TRAVAUX : en cours, depuis 2010
TECHNIQUES : Photographies, aquarelles, gravures
LIEU : Atlantique


La traversée d’un océan réduit les éléments à deux états physiques : liquide -la mer- et gazeux -le ciel-, séparés sans relâche par l’horizon.

Dans cet environnement, le corps est englobé et les sens sont amenés à (re)trouver une acuité envers les éléments. Les prises objectivables sur le monde sont réduites; sur la mer, il n’en n’existe pas, sur le ciel, la cartographie stellaire de la nuit ou la position du soleil le permettent. Mais, à de nombreux moments, aucune prise n’est possible, le corps est plongé dans une atmosphère où il n’a aucun repère, il est englobé. Cette notion d'englobement peut déclencher un abandon de la conscience à l’émotion.

Dans un parfait contraste, la cartographie maritime nous permet d’établir un positionnement précis et sans équivoque de notre être sur cet océan. Cette abstraction totale dans laquelle nous mettons une confiance complète se superpose à notre perception directe.

Faire le point en langage maritime signifie se repérer dans l’espace, créer un repère, sortir du flou ; le danger pouvant venir de l’écart qu’il peut y avoir entre la position réelle et la position relevée.
-Est-ce que ne pas savoir où l’on est est un problème ? jusqu'à quel point le flou est-il acceptable ?
-Dans quelle mesure le flottement permet-il une acuité accrue, une correspondance forcée entre le corps et le monde (par nécessité, peur, émerveillement, …) ?
-En quoi un monde net serait-il plus beau qu’un monde flou ?

Cette séquence superpose deux appréhensions du monde différentes, l’une s’opérant quasiment seulement par le sensible et l’autre par l’intellect. La plupart du temps, ces appréhensions sont mêlées, on les différencie peu, cette traversée a été l’occasion de l’expérimenter.

Un spectateur qui est à une hauteur de 2m au dessus de l’eau perçoit un horizon à 3.5 miles, c'est-à-dire environ 5 km. Le monde se résume alors à : πr² = 80 km². Le sentiment d’immensité, d’étendue, est donc plus une projection, une extrapolation basée sur la cartographie, qu’une expérience physique. L’impression est davantage celle d’un univers parfaitement stable, non référencé et centré.